25/01/2026

Souterrains et légendes souterraines : les dessous secrets de Château-Larcher

Un village médiéval, un parfum de mystère

Château-Larcher, lové sur son promontoire, cache derrière ses pierres dorées plus d’une histoire. Les souterrains supposés du village suscitent au fil du temps mille questionnements : passages secrets, refuges oubliés, mythes forgés dans la mémoire collective. Mais que sait-on vraiment de ces souterrains ? Et pourquoi fascinent-ils autant ?

Les vestiges d’une époque troublée

Dans la France médiévale, la construction de souterrains ou de « souterrains-refuges » était un phénomène relativement répandu, particulièrement en Poitou. Ces gaines creusées dans le calcaire, parfois longues de plusieurs dizaines de mètres, servaient lors des périodes troublées d’abris temporaires ou de caches pour les biens précieux.

À Château-Larcher, le contexte s’y prête : le village fut tour à tour place forte carolingienne, site de passage stratégique durant la guerre de Cent Ans, et cible d’incursions lors des guerres de Religion. Les terres de Sud-Vienne en comptent plusieurs exemples attestés, comme à Charroux ou à Civaux (Souterrains du Poitou).

Des mentions et témoignages intrigants

Les sources écrites sont rares, mais l’abbé Rousseau, érudit local du XIXe siècle, signale dans ses notes la “présence probable de souterrains partant de la motte féodale et débouchant hors des murs”. Certaines familles, installées depuis plusieurs générations à Château-Larcher, racontent avoir vu des orifices bouchés dans les caves anciennes ou dans les jardins, et évoquent des anecdotes familiales, comme « les bêtes qui disparaissaient pendant la guerre et réapparaissaient plus loin ».

  • Une anecdote circule encore sur la fontaine de la place : “Un tunnel relierait la source à l’ancienne seigneurie, permettant aux habitants de rester à l’abri lors des sièges.” Aucun plan formel n’a cependant été retrouvé dans les archives de la commune.
  • À la fin des années 1970, lors de travaux de voirie, des ouvriers auraient mis au jour une cavité maçonnée partiellement comblée, aussitôt refermée pour des raisons de sécurité.

Pour autant, jamais de véritable exploration systématique n’a été menée dans le bourg, en partie à cause des risques d’effondrement et des précautions liées aux propriétés privées sur lesquelles pourraient courir ces éventuels souterrains.

Les hypothèses des archéologues : fantasme ou réalité ?

Les spécialistes distinguent deux grandes catégories de structures souterraines rurales :

  1. Les caves et celliers : souvent voûtés, parfois très anciens, servant au stockage de vivres ou de vin.
  2. Les souterrains-refuges : conçus pour la défense et parfois pour la fuite en cas d’attaque, ils présentent en général des particularités : chicanes, rétrécissements, trappes et chambres latérales.

À Château-Larcher, plusieurs habitations de la Grand’Rue comportent des caves voûtées, mais aucune fouille archéologique récente n’a formellement confirmé qu’il s’agissait de véritables souterrains-refuges. Des études menées sur la commune proche de Vivonne montrent que les souterrains refaits ou réutilisés se confondent parfois avec de simples caves profondes (source : Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest).

Il existe deux raisons pour lesquelles de nombreux "souterrains supposés" peinent à être identifiés :

  • Les archives médiévales locales ont souvent disparu lors des guerres ou des incendies.
  • Beaucoup d’entrées ont été bouchées, réutilisées (puits, débarras) voire complètement comblées lors de travaux de voirie ou de rénovations privées.

Un inventaire partiel réalisé en 1987 recense pour Château-Larcher seulement deux “orifices suspects” sur plans cadastraux anciens (Direction régionale des affaires culturelles Nouvelle-Aquitaine), mais leur nature précise reste à établir.

Les souterrains du Poitou : un phénomène régional

Pour élargir la perspective, il faut savoir que la Vienne compterait selon les estimations plus de 1 000 souterrains-refuges construits entre les VIIIe et XVe siècles. L’inventaire du Service régional de l’Archéologie recense plus de 200 structures souterraines d’origine probable médiévale ou gallo-romaine, dont seulement 80 sont aujourd’hui explorables.

La plupart présentent :

  • Une longueur totale variant de 10 à 60 mètres
  • Un accès camouflé (trappe, puits, escalier dissimulé)
  • Des banquettes creusées dans la roche pour s’asseoir ou se reposer
  • Des « éteignoirs » ou niches pour lampes à huile

À Civaux ou Mazerolles, certains de ces souterrains sont visitables, mais souvent avec un guide et sous condition (risques d’effondrements, manque d’oxygène). Ceux associés à certains bourgs fortifiés ont pu servir simultanément de cellule de stockage, de prison temporaire, voire de lieu de culte secret à la période huguenote.

Mémoires et perceptions : ce qu’en disent les habitants

À Château-Larcher, la mémoire populaire ne dissocie pas toujours cave et souterrain. Pour certains, la cave de la maison familiale, avec son couloir étroit et voûté, témoigne de la présence d’un ancien tunnel, pour d’autres, il s’agirait d’un simple ouvrage utilitaire. Plusieurs habitants évoquent des bruits étranges entendus sous le bourg dans leur enfance, ou des chiens qui, un temps, refusaient de s’aventurer dans certaines parties du village.

Chaque génération relaye à sa façon l’idée de tunnels : la petite école aujourd’hui fermée aurait, d’après l’ancien instituteur, relié par un souterrain la salle de classe à une cave voisine, permettant « aux élèves de descendre s’abriter lors des alertes de 1942 ». Mais aucune trace physique n’a permis d’étayer la rumeur.

Peut-on visiter ou explorer les souterrains de Château-Larcher aujourd’hui ?

À ce jour, aucun réseau souterrain accessible n’est ouvert à la visite à Château-Larcher même. Pour des raisons de sécurité évidentes, l’exploration de structures potentielles est déconseillée et soumise à l’autorisation des propriétaires.

En revanche, autour du village et dans le Sud-Vienne, des visites sont proposées sous la conduite de guides agréés :

  • Souterrain-refuge de Moulière (près de Civaux) accessible sur réservation (Poitou-Charentes Vacances)
  • Explications lors des journées du Patrimoine à Charroux

Les associations locales, comme Vienne et Patrimoine, organisent parfois des conférences sur l’histoire des souterrains du Poitou et de la Vienne. Il est aussi possible d’assister à des veillées contées ou des promenades guidées évoquant ces mystères, particulièrement lors des festivals d’été.

Traces matérielles et recherche : où en est-on ?

Depuis les années 2000, l’intérêt pour les souterrains a poussé plusieurs groupes de recherche à inventorier ces structures dans le cadre de projets universitaires. Les méthodes évoluent, avec l’utilisation de :

  • La prospection géo-radar, qui permet de détecter des cavités enterrées sans creuser. À Château-Larcher, quelques tests ont été menés en 2016 autour de l’église, mais sans résultats probants (source : DRAC Nouvelle-Aquitaine).
  • L’étude des plans cadastraux anciens (Napoléonien, fin XIXe siècle), croisés avec les témoignages oraux, pour cibler d’éventuelles zones de recherche.
  • La collecte de photographies anciennes où apparaissent des trappes ou orifices disparus aujourd’hui.

Pour les curieux désireux de prolonger leur recherche, la Bibliothèque départementale de la Vienne conserve plusieurs ouvrages d’inventaire, et il est possible de consulter les résultats partiels lors des journées consacrées au patrimoine.

Le mystère, moteur vivant des villages d’histoire

Au fond, la question des souterrains de Château-Larcher illustre une double dimension : celle, bien réelle, d’un patrimoine difficile d’accès, fragile, que les guerres et les travaux ont presque effacé, et celle, plus poétique, du mythe qui façonne l’âme d’un village. Le vide laissé par l’histoire attise la curiosité et alimente les récits. Cette fascination est partagée dans tout le Poitou, et Château-Larcher, avec ses pierres taillées, ses caves voûtées et ses vieilles légendes, s’inscrit pleinement dans ce mouvement.

Pour qui s’intéresse au patrimoine, le mystère des souterrains de Château-Larcher sert à interroger autrement les ruelles, à scruter les linteaux, à écouter les histoires que se transmettent les habitants. Peut-être qu’un jour, une découverte fortuite, un chantier, une fouille, ranimeront la vieille question : qu’y a-t-il vraiment sous nos pieds ?

Pour aller plus loin et nourrir sa curiosité

  • “Souterrains-refuges et souterrains de cachette en Poitou”, revue Poitou-Charentes, 2011
  • Société des Antiquaires de l’Ouest : inventaires et publications sur les souterrains de la Vienne
  • Association Vienne et Patrimoine pour les événements et visites guidées
  • Site https://www.souterrains-du-poitou.fr
  • Service régional de l’Archéologie Nouvelle-Aquitaine, dossiers consultables sur demande

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