17/01/2026

Lieux secrets et oubliés de Château-Larcher : petits patrimoines, grandes histoires

Le puits du Donjon : témoin silencieux des siècles passés

Dissimulé dans le cercle du vieux donjon — qui ne se visite que lors de rares événements — le puits du XI siècle intrigue encore aujourd’hui. Sa margelle en pierre, adossée à la base du donjon féodal, passe souvent inaperçue, masquée par la végétation. Pourtant, il fut un élément vital lors des sièges et des périodes troubles du Moyen-Âge (Rapport Monuments Historiques, 2013).

  • Profondeur estimée : environ 20 mètres.
  • Système à tambour, typique du Poitou roman, parfois utilisé comme cachette pendant les invasions.
  • Des fouilles de 1908 y ont retrouvé des fragments de céramique et un éperon médiéval (source : Société des Antiquaires de l’Ouest).

Aujourd'hui, l’accès y est interdit pour des raisons de sécurité, mais son couvert moussu se laisse encore deviner à travers les grilles, côté nord du donjon.

La “Grotte de la Roche” : entre légende et traces néolithiques

Certains anciens racontent que sous le coteau sud, en forêt, s’ouvre une petite cavité surnommée la “Grotte de la Roche”. Si elle n’a rien d’une grande caverne, elle atteste d’une présence très ancienne dans la région. Selon les fouilles sommaires menées dans les années 1940, on y a découvert des outils de silex et quelques tessons datés de l’époque néolithique (Bulletin de la Société Archéologique de la Vienne, 1947).

  • Lieu mal indiqué, difficile à localiser sans guide : demander conseil à la mairie ou à l’Association Patrimoine & Vie Locale.
  • La tradition orale évoque aussi qu’un ermite s’y installa quelque temps au XVIII siècle.

Au fil des décennies, la végétation a presque tout recouvert : seuls les cailloux éboulés et un léger ressaut de terrain témoignent de cette histoire. L’intérêt de s’y rendre ? Observer la nature reprendre ses droits, tenter d’imaginer la vie d’alors, et sentir le silence d’un site hors du temps.

Les fours à chaux de la Garnauderie : vestiges industriels en pleine campagne

Aux abords du village, en direction de Saint-Maurice-la-Clouère se trouvent les restes méconnus des anciens fours à chaux de la Garnauderie. Il n’en subsiste que des fondations et deux arches partiellement écroulées, à demi englouties sous les ronces.

  • Exploités entre 1860 et 1910, ces fours transformaient la pierre calcaire locale.
  • À l’apogée de leur activité, ils employaient 6 ouvriers et produisaient environ 80 tonnes de chaux par an (Source : Archives départementales de la Vienne, cote 4 S 32).

Ce site rappelle l’importance des petites industries rurales du XIX siècle, souvent disparues sans laisser de traces visibles. Les lieux restent sur un terrain privé, mais les vestiges sont bien visibles depuis le chemin rural traversant la Garnauderie.

Le jardin oublié du presbytère : entre ruines et renouveau

Moins connu que la majestueuse chapelle castrale, l’ancien presbytère recèle derrière ses murs un jardin tombé dans l’oubli, refermé sur lui-même depuis le départ du dernier curé il y a plusieurs décennies.

  • Fontaines bouchées, escaliers moussus : tout invite à imaginer la vie du lieu au temps de Jean Terrasson, curé érudit du village en 1836 (Registres paroissiaux).
  • Les rosiers sauvages et les vieux fruitiers survivent autour d’un banc en pierre brisé — témoin d’une sociabilité défunte.

Chaque année, lors des journées du patrimoine, une visite commentée permet d’accéder derrière la grille. Le reste du temps, le jardin reste clos, mais en promenant autour du mur côté sud, on devine le plan ancien, et parfois on perçoit à travers les feuillages la clarté d’un massif d’iris ou la silhouette d’un écureuil.

Les “Pierres-Folles” du champ d’Ouche

Sur la route menant à Magné, un champ, apparemment banal, cache un discret “alignement” de pierres. Il s’agit des fameuses “Pierres-Folles”, étonnantes pierres dressées dont l’origine fait débat.

  • Les archives du XIX siècle en font déjà mention, les associant à d’anciens rites agricoles (source : Louis Guichard, “Croyances et coutumes du Poitou”).
  • Selon la tradition, elles devaient danser la nuit du solstice d’été… mais personne ne l’a jamais vu (anecdote entendue sur la place du village).

Difficile de savoir si elles marquent une antique limite, une sépulture oubliée ou simplement un caprice géologique. Quoi qu’il en soit, elles invitent à une pause : autour d’elles, la lande offre, à l’aube, quelques-unes des plus belles lumières du secteur.

“La Source tordue” : un petit secret hydrologique sous les saules

Au détour d’un sentier qui longe le Clain, file un petit ruisseau oublié. A l’ombre d’un vieux saule, elle jaillit brusquement de la terre puis trace, en coude net, un cours étrange. Les anciens l’appellent la “Source tordue” — la vieille font, même dans les mots des plus âgés.

  • Selon les observations du SYMBIV (Syndicat de la Vallée du Clain), ce type de résurgence est rare dans le secteur : sortie d’une nappe souterraine prisonnière du plateau calcaire, l’eau en ressort très fraîche, autour de 12°C.
  • N’est pas aménagée, mais attire parfois grenouilles, martins-pêcheurs et chevreuils à l’aube.

Petit écosystème paisible, la “Source tordue” résiste discrètement au passage des siècles. Pour y accéder, suivre le GR 655 direction Ligugé, puis bifurquer vers la prairie signalée “Propriété de la commune” — demandez la permission en période de fauche.

Des marques secrètes sur la pierre des maisons

Contemplez attentivement les linteaux ou les encadrements de portes des plus anciennes maisons du centre-bourg : vous y repèrerez, si vous avez l’œil, d’énigmatiques gravures. Croix pattée, signes cabalistiques, soleils stylisés ou simples initiales.

  • Ces marques sont parfois l’œuvre de tâcherons (ouvriers tailleurs de pierre) venus sur les chantiers au Moyen-Âge ou au XVII siècle.
  • Certaines, selon Christian Gendrot, archéologue du bâti, pourraient signaler la maison d’un ancien “passeur” — rôle clé sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, avant la création du pont.

Aucun inventaire systématique n’existe à ce jour, mais les passionnés organisent parfois des “safaris photo” pour traquer ces détails qui racontent une micro-histoire collective. Ouvrez l’œil : ces indices dessinent une autre carte des rues du village.

Le moulin disparu du Gué-au-Prêtre

En bordure du Clain, près du confluent avec le ruisseau de la Fontaine, se dressait jusqu’au milieu du XX siècle le moulin du Gué-au-Prêtre. Il n’en reste aujourd’hui que l’assise de la roue, couverte de mousse, et quelques pierres carrelant la berge.

  • Ce moulin à farine, mentionné dès 1361 dans les archives seigneuriales (Archives Historiques du Poitou), participa à la vie économique du village jusqu’à son arrêt en 1952.
  • Il a été abandonné principalement en raison de multiples crues du Clain — les grandes inondations de 1949 et 1951 ayant emporté presque tout l’ouvrage.

Aujourd’hui, seuls les pêcheurs et quelques randonneurs connaissent le site. Certains jours, à la lumière rasante du soir, on devine le relief des anciens murs sous l’herbe haute, ultime trace d’un monde rural disparu.

Le chemin de la Lanterne : balades et fantômes du passé

Ce sentier, oublié des guides officiels, relie indirectement le cœur du village à l’ancien cimetière paysan. Son nom viendrait d’une tradition d’antan : lors des veillées funèbres, les porteurs suivaient ce parcours lentement, guidés par une lanterne, entre les ifs et les ronces.

  • Les cartes de 1812 (Source : cadastre napoléonien) mentionnent encore cet itinéraire, progressivement désaffecté à la fin du XIX siècle.
  • L’alignement d’ifs et de frênes en marque toujours délicatement le tracé à mi-pente.

Prendre ce chemin, aujourd’hui, c’est traverser une mémoire pudique : il invite au recueillement et au respect du rythme ancien des villages de la Vienne.

Et ailleurs ? Petites fenêtres à ouvrir…

Plusieurs autres lieux valent un détour :

  • Un souterrain-refuge probablement creusé lors de la guerre de Cent Ans, localisé sur la côte du Sablon. Il n’est pas ouvert mais son histoire circule encore lors des veillées.
  • Les murs “à poissons” : vestiges de viviers médiévaux signalés au 14 rue du Puits et identifiables à leurs bassins ovales intégrés dans la maçonnerie (Source : recherches orales du Cercle de Mémoire Locale de Château-Larcher, 2023).
  • Les stèles du champ de Mazernay : pierres tumulaires réemployées comme bornes agricoles.

Ce territoire n’a rien d’un musée figé, il évolue et se transforme, souvent plus vite que les archives n’en gardent trace. Une promenade attentive, un brin d’échange avec les habitants ou la participation à une visite commentée ouvriront encore bien d’autres portes, à l’image de ces petits patrimoines modestes que le hasard place parfois sur le chemin.

Oser sortir de la carte : conseils pour explorer autrement

  • S’équiper de chaussures adaptées : la campagne cache de belles surprises… et de la boue.
  • Toujours demander l’autorisation pour s’aventurer sur les terrains privés : la plupart des sites listés ici sont visibles depuis les chemins communaux, mais la discrétion s’impose.
  • Prendre un carnet : pour noter vos trouvailles, vos pensées ou glaner une anecdote locale au hasard d’une rencontre.
  • Ouvrir l’œil sur les petits détails : une pierre usée, un arbre isolé, une sente envahie – tout est invitation à ralentir.

Découvrir Château-Larcher côté insolite, c’est accepter de perdre ses repères pour mieux regarder, hors des sentiers battus, ce qui fait la singularité vivante d’un village rural ancré dans l’histoire mais toujours en mouvement.

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