22/02/2026

Secrets des bois : lieux invisibles et histoires enfouies autour de Château-Larcher

Baisser la voix, ouvrir les yeux : entre feuillages et mémoire

S’il fallait trouver un mot pour résumer Château-Larcher, ce serait peut-être celui-ci : persistance. Car autour du bourg, au creux de la campagne du Sud-Vienne, persistents de nombreux sites oubliés, à demi-dissimulés dans les clairières, couverts par la mousse, ou veillés par les branches noueuses des chênes.

De la promenade la plus familiale aux chemins écartés des sentiers balisés, la forêt locale sait récompenser le promeneur curieux : ici une ancienne carrière, là une fontaine à la réputation millénaire, plus loin les traces d’un épisode noir de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire du village ne se cantonne pas aux tours du château et à la chapelle, et si vous passez la lisière des bois, c’est tout un pan de mémoire locale, souvent ignorée des guides officiels, qui s’offre à vous.

Sous les arbres, la mémoire : ruines et fontaines oubliées

Les maisons en pierres sèches de la forêt de La Vergne

La forêt de La Vergne, à moins de deux kilomètres au sud du bourg, recèle des vestiges silencieux : les petites maisons de pierre sèche. Ce sont des abris, restes d’anciens cultivateurs et charbonniers venus exploiter le bois et la terre jusqu’au début du XXe siècle (source : mémoire orale locale, études INSEE sur le rural poitevin).

  • Les murs sans mortier, souvent effondrés, épousent encore aujourd’hui la forme des haies.
  • On devine parfois le foyer central, des morceaux de tuiles romaines ou d’outils rouillés.
  • Un circuit non balisé mais accessible longe ces vestiges, surtout en automne quand la végétation tombe.

Pour les curieux, partir du chemin du Grand-Pré, traverser vers l’Est et marcher suivant la courbe de la vieille haie : ici se sont installés, au XIXe siècle, de petits groupes de cueilleurs et de forestiers. La tradition rapporte que certaines « cabanes » étaient utilisées lors de la coupe du bois pour les fours à chaux.

Les fontaines et sources sacrées : l’autre visage de la forêt

Autrefois, avant que l’eau courante n’arrive à Château-Larcher (dès les années 1960 selon les archives municipales), les bois recelaient tout un réseau de sources. Plusieurs sont encore visibles pour qui flâne hors des sentiers, en particulier :

  • La Fontaine Saint-Léger : située à environ 1 km au nord du hameau du même nom. On l’emprunte à pied, en suivant le chemin creux du vieux lavoir. Son eau, réputée « guérisseuse » pour les fièvres jusque dans les années 1950, est à peine indiquée par un empierrement moussu.
  • La Source du Puits d’Amour : plus confidentielle, elle court dans le Val de Vouneuil, où des restes de murettes attestent d’aménagements anciens — peut-être un site de culte païen, à en croire Maxime Garnier, ethnologue des hautes terres de Vienne (source : Bulletin de la SHAV, 2010).

Certaines sources font l’objet d’une fête populaire ou de processions encore aujourd’hui, mais la plupart, à l’abri sous les branches, ne vivent plus que dans la mémoire orale.

Vestiges de guerre et cachettes oubliées : sous les feuilles, le passé

La grotte du Bois de la Châtaigneraie et les traces de la Résistance

Peu de visiteurs connaissent ce repli dans la nature. Dans le Bois de la Châtaigneraie, à la lisière sud de Château-Larcher, une grotte s’ouvre à flanc de talus. Elle a servi d’abri provisoire aux maquisards du groupe « Chouan » en mai 1944, selon les témoignages d’anciens recueillis par l’association « Mémoire Vivante du Sud Poitevin » (source : Plaquette commémorative, 2014).

  • La cavité, encore partiellement effondrée, fut fouillée dans les années 1970 et l’on y a retrouvé des boîtes de sardines rouillées, des cartouches vides et une vieille lampe à huile.
  • Les résistants y auraient passé une nuit entière, traqués par les patrouilles allemandes, avant de s’éclipser vers la vallée de la Clouère.

Aujourd’hui, la grotte est difficile d’accès : il faut quitter le chemin « du Moulin Neuf », longer la lisière, et grimper à travers ronces et fougères. Belle promenade mais prudence : la roche friable impose d’être vigilant.

Abri des cultivateurs-refuges : les cabanes camouflées

Les temps troublés de la Seconde Guerre mondiale ont aussi laissé leur empreinte dans les bois. On trouve, à divers endroits, de petites structures de branchages et pierres qui, aux dires des aînés du pays, servaient de refuges aux cultivateurs bafouillant l’Occupation, notamment lors des réquisitions (source : témoignages oraux, archives communales).

  • Ces abris sont aujourd’hui difficilement différenciables des tas de pierres ou de bois, mais les géologues locaux identifient parfois leur implantation par la présence d’outils agricoles enfouis à proximité.

Lors de la balade « Trace des Résistants » organisée chaque année au printemps, certains passionnés proposent d’en retrouver à travers le Bois de la Croix-Couronne.

Habitats troglodytiques et souterrains oubliés

Le « souterrain-refuge » de la Crouzille

À environ 2 kilomètres au sud du château, le « souterrain-refuge » dit de la Crouzille s’ouvre à même le sol, masqué par la végétation. Plusieurs documents de l’Inventaire Général du Patrimoine recensent ce type de galeries en Sud-Vienne (source : Archives départementales de la Vienne, fonds 71J/23) :

  • Ces souterrains, datés du haut Moyen Âge pour la plupart, étaient utilisés comme refuges lors des raids et guerres seigneuriales.
  • La galerie principale, d’à peine 1,20 m de haut, s’enfonce sur une vingtaine de mètres, parfois doublée de niches de stockage.

Le site est difficile d’accès et non sécurisé, la visite se fait donc toujours encadrée (lors des Journées du patrimoine par exemple). Autrefois, plusieurs familles venaient s’y protéger lors des alertes aux loups ou, plus tard, aux voleurs de grands chemins.

Le logis forestier et les caves semi-enterrées

Au nord du hameau du Breuil, les promeneurs attentifs peuvent repérer l’entrée d’une ancienne cave bâtie à demi dans le sol : selon la tradition orale elle servait à la conservation des boissons, mais les plus anciens relevés cadastraux (cadastre napoléonien, 1831) suggèrent l’existence d’un petit logis forestier dont seules les caves subsistent.

  • Cette pratique du semi-enterré, fréquente dans le Poitou, offrait fraîcheur constante toute l’année.
  • Certaines caves, selon les universitaires de l’Université de Poitiers (cf. « Habitat rural et techniques anciennes », D. Martineau, 1998), servaient aussi, lors des siècles passés, de cache pour denrées ou pour fuir les garnisons de passage.

La végétation reprend ses droits : les lierres masquent l’entrée aux beaux jours, mais la structure est lisible en hiver ou au tout début du printemps.

Sentiers entre ombre et lumière : les chemins des lieux « cachés »

Quels parcours et quelles précautions ?

  • Le circuit du Val Fleuri (4,6 km) passe au plus près des anciens habitats troglodytiques. À faire si possible hors saison de chasse.
  • Le sentier de la Fontaine Saint-Léger : familial, il invite à la découverte de la source et croise d’anciens murs de pierre sèche. Prévoir des chaussures étanches hors été.
  • La boucle de la Clouère, non balisée, s’adresse aux marcheurs aguerris : à repérer sur la carte IGN (2433 Ouest, Vivonne), en s’aidant des indications du topo-guide communal.

La plupart de ces lieux ne se signalent que par un détail : un talus torsadé, une entrée de galerie couverte de lierre ou une pierre déjà moussue. L’effort est récompensé : souvent, ce sont les seuls chants des oiseaux, le frémissement du ruisseau et le ballet discret des chevreuils qui accompagnent la découverte.

Entre nature et mémoire : réinventer la promenade à Château-Larcher

Sillons secrets, murmures d’eau, vieilles pierres : le bois de Château-Larcher offre un visage rarement montré. Cette forêt, c’est aussi une bibliothèque dont les pages s’effacent — à tâtons, l’histoire locale tente d’en garder le fil, de l’ère médiévale à la Résistance. Le promeneur attentif y trouve non seulement des ruines ou des traces anciennes, mais aussi de fragiles souvenirs transmis de génération en génération.

Les lieux cachés autour de Château-Larcher rappellent la profondeur d’un patrimoine qui ne se donne pas au premier regard. Explorer ces bois, c’est renouer avec l’idée d’un territoire à taille humaine, tissé de liens invisibles, de sentiers quotidiens et de refuges de mémoire où la nature et l’histoire s’entrelacent.

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