14/02/2026

Patrimoine vivant : Vestiges agricoles à découvrir à Château-Larcher

Un village façonné par l’agriculture depuis le Moyen Âge

Situé au cœur du Sud-Vienne, Château-Larcher existe depuis au moins l’époque carolingienne. Dès le haut Moyen Âge, l’agriculture a modelé le territoire : assolements, gestion de l’eau, rotation des cultures… La structuration actuelle du bourg est héritée en partie de cette activité séculaire (source : Département de la Vienne).

Aujourd’hui encore, flâner dans le village ou s'aventurer sur ses chemins de randonnée permet d'apercevoir des traces bien vivantes de cette organisation agricole. Quelles sont-elles, où les trouver, et que nous révèlent-elles ?

Les puits communaux : cœur de vie et d’organisation rurale

Les puits constituent certainement l’un des vestiges agricoles les plus visibles à Château-Larcher. On en dénombre une dizaine intramuros et en périphérie immédiate du village.

  • Puits des places : Souvent situés près des fermettes ou au carrefour de plusieurs propriétés, ils servaient à la fois à l’approvisionnement en eau pour les bêtes, les cultures, et la vie domestique. Le plus ancien puits recensé date du XVIIe siècle.
  • Puits paysans isolés : Certains, en lisière des bois ou dans les champs, témoignent de la présence d’anciennes exploitations aujourd’hui disparues. Leur margelle, parfois sculptée de symboles, raconte une histoire paysanne souvent oubliée.

Petit détail souvent remarqué : la margelle d’un puits bloqueur, large et basse, indique une utilisation collective, tandis qu’une margelle haute, plus étroite, signale un usage privé et plus ponctuel.

Les moulins du Clain : l'ingéniosité hydraulique

Le Clain, rivière qui borde Château-Larcher, a été mis à profit dès l’époque médiévale. Les mentions de moulins à eau sont nombreuses dans les archives notariales du XVIe siècle (source : Archives départementales de la Vienne, fonds série E).

  • Moulin du Breuil : Vestige le plus emblématique, il est attesté dès 1584. Les ruines encore visibles conservent la trace de la roue et des canaux d’amenée d’eau. Ce moulin ne servait pas seulement à moudre du grain, mais aussi à presser les noix pour fabriquer l’huile, précieuse dans la région.
  • Anecdote : Pendant la Révolution, de petits moulins « à bras » se sont substitués temporairement aux moulins à eau, alors parfois sabotés ou abandonnés car considérés comme biens « seigneuriaux ».

Aujourd’hui, le sentier longeant le Clain permet d’en observer les ruines et d’imaginer la fébrilité des lieux à la saison des moissons.

Les fours à pain : usage communautaire et convivialité rurale

Avant que chaque maison ne dispose de son propre four, la cuisson du pain se faisait collectivement dans des fours banaux à usage partagé. Sur la commune, plusieurs dizaines de fours à pain ont été recensés, dont quatre encore reconnaissables dans le bourg originel.

  • Fonctionnement : Un « four banal » se situait généralement près de la place, alimenté en bois récolté collectivement. La tradition voulait qu’on y fasse cuire le pain mais aussi certaines spécialités villageoises comme la fouace à l’anis.
  • Four du hameau de La Varenne : Particulièrement bien conservé, il sert parfois encore lors des fêtes villageoises, perpétuant un savoir-faire ancien.

Les pressoirs : vigne, vergers et mémoire du vin local

Si Château-Larcher était surtout tourné vers les cultures vivrières et céréalières, la viticulture a aussi marqué le paysage jusqu’au XXe siècle. En 1860, on comptait encore plus de 27 hectares de vignes sur la commune (source : recensement agricole 1861, INSEE).

  • Pressoirs à pommes et à raisin : Quelques pressoirs en pierre, parfois intégrés dans d’anciennes granges, se devinent encore autour des hameaux de La Pouge et La Vergne. L’un d’eux, daté de 1837 par une inscription gravée, a été réutilisé jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale pour produire du cidre.
  • Pierre de pressoir : Discrètes mais remarquables, plusieurs « pierres à pressoir » (socles circulaires en calcaire) jonchent l’espace autour des anciennes vignes, témoignant de la micro-économie locale autour du vin.

Les pigeonniers : prestige, fumure et régulation

Entre patrimoine et production agricole, le pigeonnier médiéval a toute sa place à Château-Larcher. On recense sept pigeonniers anciens sur la commune, dont trois en zone d’habitat, reconnaissables à leurs toits effilés et leurs parois percées de boulins (niches à pigeons).

  • Utilité agricole : Au-delà de la viande, les déjections de pigeon (la colombine) étaient un précieux engrais pour les jardins maraîchers et les champs.
  • Statut social : Jusqu’en 1789, seuls les seigneurs ou gros fermiers possédaient le droit de colombier, signe de prestige rural – les tailles des édifices s’en ressentent.

L’un des plus beaux exemplaires se situe à la sortie sud du bourg : un pigeonnier circulaire du XVIIIe siècle qui a conservé sa toiture conique et l’escalier d’accès.

Fontaines, lavoirs et abreuvoirs : l’eau, richesse paysanne

L’eau était omniprésente dans l’organisation du village, non seulement via les puits mais aussi grâce aux fontaines et abreuvoirs publics. Plusieurs points d’eau subsistent, dont certains restaurés dans les années 1990 par des bénévoles locaux (site officiel de la commune).

  • Fontaine Saint-Pierre : Source vénérée, à côté de l’église romane, utilisée pour l’arrosage des jardins familiaux et dont l’eau était réputée pour soigner les maux oculaires au XIX siècle.
  • Lavoir du Clain : Toujours visible, il permettait le lavage du linge… mais aussi le rinçage des outils agricoles ou la baignade des bœufs lors des grandes chaleurs.

Parcellaires, murets et haies bocagères : vestiges paysagers

La structure même de Château-Larcher est un héritage de l’ancienne organisation agricole :

  • Murets en pierre sèche : Plusieurs kilomètres de murets délimitent encore les anciennes parcelles, notamment aux abords des chemins de La Pouge à La Vergne. Construits principalement entre le XVI et le XIX siècle, ils servaient à retenir les animaux (ovins et bovins surtout) et à marquer les divisions foncières.
  • Haies bocagères : Les prairies sont encore cernées de haies de chênes, charmes et aubépines, trace de l’habitat dispersé et de la priorité donnée à l’élevage dès le XVIII siècle (source : INRA, étude sur les bocages du sud Vienne, 2017).
  • Parcellaire médiéval : Certains chemins creux, jalonnés de fossés, recoupent le tracé d’anciennes voies de desserte liées à la culture en openfield (grande culture céréalière sans clôture) – organisation qui perdure jusqu’à la Révolution.

Conseils de balade pour observer ces vestiges agricoles

Pour celles et ceux qui souhaitent ressentir la vie rurale d’autrefois, plusieurs sentiers invitent à un voyage dans le temps :

  1. Le circuit du Clain : Départ place du village, boucle de 7 km, passage par le vieux moulin, le lavoir et les parcellaire en pierre sèche.
  2. Balade des hameaux : Découverte des fours à pain et pressoirs, avec panneaux explicatifs (fiche disponible à la mairie).
  3. Marche du pigeonnier : Circuit court (2,5 km), idéal pour une promenade en famille à la découverte des colombiers et des vues sur les anciens vergers.

Prévoyez de bonnes chaussures de marche et laissez-vous guider par les vestiges : souvent, un simple détail de pierre révèle des siècles d’histoire.

Le patrimoine agricole dans la vie du village aujourd’hui

Les vestiges agricoles de Château-Larcher ne sont pas seulement des témoins du passé : ils sont parfois réinvestis par les habitants d’aujourd’hui. Certains fours sont rallumés pour les fêtes, des vergers conservatoires ont été plantés sur d’anciennes parcelles, et des bénévoles s’appliquent à restaurer un puits ou un lavoir.

L’Association pour le Patrimoine de Château-Larcher propose régulièrement des visites thématiques et ateliers autour de la pierre sèche, de l’histoire des moulins ou du pain villageois (contact et calendrier sur le site communal).

Observer et préserver ces témoins anonymes, c’est aussi mieux comprendre la relation tissée entre le village, ses habitants et leur environnement. Dans un monde où la mémoire rurale s’efface peu à peu, ces vestiges forment une passerelle précieuse entre les époques – et invitent à continuer, ensemble, à vivre et découvrir Château-Larcher autrement.

En savoir plus à ce sujet :